La Boîte à Musique – Aurelion Sol – League of Legends

 

Bonjour à tous et bienvenue dans le douzième numéro de votre chronique musicale sur Cleek. Vous l’aurez compris, il sera question ici de musique, et plus particulièrement des musiques qui ont bercé et qui continuent de bercer l’univers geek, qu’il s’agisse de jeux vidéo, de films ou d’animés. Le format de cette chronique pourra varier d’un numéro à l’autre selon les musiques qui vous seront proposées. Présentations, analyses, extraits de partitions seront autant d’éléments que vous pourrez retrouver dans la Boîte à Musique de Cleek.

Vous avez dû le remarquer : chez Cleek en ce moment, nous nous sommes intéressés à la sortie imminente du dernier-né de League of Legends, Aurelion Sol, qui n’est autre que l’aboutissement des ébauches d’Ao Shin dont nous avions copieusement entendu parler il y a quelques temps maintenant. Le Forgeur d’Étoiles est donc à présent disponible sur nos launcher, et ce numéro de la Boîte à Musique sera donc l’occasion pour Cleek de se pencher sur sa musique de login. Que nous réserve donc le thème musical d’Aurelion Sol ?

Les anciens numéros : Final FantasyGame of ThronesLeague of Legends 1 & 2Les musiques rétrosInceptionWorlds Collide Les musiques horrifiquesHunger Games – League of Legends : Jhin – Les musiques de film.

 

Présentation

 

Aurelion Sol n’est autre que le 130ème champion à rejoindre la Ligue (ce qui ne nous empêchera toujours pas de ponctuer nos phases de pick par un « Non… Je ne sais pas quoi jouer… ». Le Forgeur d’Étoiles a donc rejoint nos écrans de connexion pour notre plus grand plaisir, après avoir été annoncé au travers d’une vidéo énigmatique et pour le moins fascinante :

 

 

Sur toutes les planètes, dans toutes les galaxies, ils observent le ciel avec émerveillement.

Certains tombent à genoux et prient. D’autres se réfugient derrière des murailles…

Mais la plupart supplient… qu’on les épargne. C’est adorable…

 

Si je me permets de revenir aujourd’hui sur cette vidéo, que vous aviez sans doute déjà vue sur notre annonce du champion, c’est parce que ce trailer reflète parfaitement la psyché du personnage, et bien sûr l’esprit qu’il insufflera à son thème musical. La vidéo nous présente tout d’abord un univers serein avec une voix-off a priori rassurante. On y parle du ciel et de la fascination ancestrale que ce dernier a sur l’Homme, tout autant que la crainte d’être détruit par celui-ci. On y entend également des notions de protection, de prières, mais aussi de supplications, ce qui rend alors le propos quasi mystique. Cette ambivalence, ce paradoxe entre la fascination et la peur est en fait le pilier du Lore d’Aurelion Sol, et c’est cela que nous retrouverons en tout point dans son thème musical, par le biais de plusieurs symboliques et oppositions que nous verrons bientôt.

Pour ce qui est de sa construction globale, le thème musical d’Aurelion Sol s’inscrit, tout comme celui de Jhin dont nous parlions dans un précédent numéro, parmi les plus longs de League of Legends, avec 3’45 au compteur, rien que ça ! Le morceau a été composé dans un effectif orchestral de type épique, le tout ponctué par quelques éléments éléctro. Il est composé en do # mineur, une tonalité mélancolique et particulièrement sombre, ce qui illustre à la perfection ces concepts de mysticisme et de crainte.

Plus globalement, le thème d’Aurelion Sol se structure en deux parties assez similaires, ou plutôt sur une alternance : nous aurons donc droit à chaque fois à une partie épique, qui précédera une partie plus calme et minimaliste où les mêmes thèmes seront pourtant exposés. Ces deux points de vue d’un même thème permettent donc là encore de saluer le paradoxe de ce qu’évoque le personnage, à la fois source de fascination et de danger. De plus, cet aspect « calme après la tempête » fait que le thème sera donc pourvu d’un aspect cyclique, quelque chose de très pertinent lorsque l’on pense au cycle des saisons, ou à l‘univers astral plus généralement. C’est parti pour l’analyse !

 

Wallpaper aurelion sol

 

Partie A

 

Elle s’étend du début jusqu’à 2′.

Nous entamons ce thème avec un vague glissé dans les graves qui nous projette directement dans l’ambiance musicale du morceau. Nous avons au premier plan un enchaînement d’arpèges aux envolées rapides et asymétriques : cette ligne est écrite en 18/16, c’est-à-dire qu’on ne peut donc pas le diviser par 4×4, mais par 4×4 +2 (bon ok, ça, c’est pour les masochistes mordus du solfège). Cette cellule, écrite dans un registre grave/médium, n’est en fait qu’un accompagnement qui ponctuera les parties « épiques » du morceau. Cette ligne d’accompagnement est donc d’abord exposée seule, interprétée par des sons synthétiques, électro, qui vont ici diversifier les effectifs du morceau, et l’on notera là encore la mise en avant d’une ambivalence : orchestral/électro. Loin d’être incompatibles, ces deux formations s’unissent ici pour former un ensemble sonore cohérent et sublimé, à l’image du paradoxe qu’évoque Aurelion Sol.

L’ensemble est également accompagné par un voile sonore acoustique, discret et léger, fait d’intervalles consonants qui ne sont pas sans rappeler l’Harmonie des Sphères (ou Musique des Sphères), une théorie pythagoricienne selon laquelle l’univers serait régi par des liens numériques harmonieux. L’astronomie et la musique sont donc ici étroitement liées, énonçant que les mouvements des corps célestes produisaient des sons, et avaient des valeurs numériques particulières. De là est née une gamme (la gamme pythagoricienne) basée sur une répartition des notes en adéquation avec les révolutions circulaires et régulières des astres. On voit donc ici parfaitement le parallèle avec le passif d’Aurelion Sol et son Z qui mettent tout deux en mouvement des sphères qui gravitent et tournent autour du personnage.

Voici donc maintenant la cellule d’accompagnement de cette première partie, annoté des basses en notation anglaise :

 

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À la suite de cela, et pour venir « casser » le côté électro de la musique, une ligne mélodie « solo » va venir guider le morceau pour lui insuffler une véritable identité. Cette mélodie, composée de valeurs longues liées entre elles, est interprété à la harpe (et légèrement doublée par un violon) : un choix instrumental judicieux car, la plupart du temps, la harpe est utilisée pour évoquer le milieu aquatique (comme pour le thème musical de Nami) ou aérien, comme ici. Son timbre précis et cristallin évoque donc souvent l’aspect « angélique » des choses et la mise en avant de cet instrument, associée à une ligne mélodique très douce et mélodieuse contribue dans un premier temps à rassurer notre oreille. Nous sommes dans un univers serein, fascinant et mystique… Du moins pour les six premières mesures de la cellule. Un accord particulier vient doucement briser cette plénitude harmonieuse, faisant resurgir alors notre fameux paradoxe : là où est la fascination est aussi le danger. La mélodie à la harpe expose à ce moment-là un intervalle bien spécifique, une quarte augmentée, également appelée en musique la « quarte triton », un écart entre deux notes qui était redouté à l’époque du Moyen-Âge puisqu’il évoquait tout simplement le Diable et le maléfice. Bon… une vidéo vaut mieux qu’un long discours, et pour le coup, je vous conseille de jeter un coup d’œil à ce sketch de Kaamelott : un bijou de pédagogie musicale.

 

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Un choix intéressant donc, de la part des compositeurs de Riot Games, qui viennent rappeler par cet intervalle que nous aurions tort de ne pas craindre le petit nouveau, Aurelion Sol. Enfin, il reste à noter que les valeurs des notes sont la plupart du temps liées entre elles, afin de ne jamais articuler le premier temps de chaque mesure : on obtient ainsi une ligne mélodique fluide, linéaire, et surtout, étendue de façon un peu plus intemporelle. Son caractère lent vient d’ailleurs créer une nouvelle ambivalence dans le morceau, puisque superposée à la ligne d’accompagnement plutôt rapide dont nous parlions tout à l’heure. Voici la partition de cette ligne mélodie, accompagnée des accords de basse en notation anglaise :

 

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Les deux cellules (accompagnement et harpe) convergent donc dans un grand crescendo à l’apogée de cette partie épique. Cette dernière est alors suivie d’une partie beaucoup plus calme, où il ne reste plus alors qu’une ambiance sonore discrète (notre « Harmonie des Spères ») et le solo de harpe, inchangé. Une sorte de repos après l’agitation, comme une tabula rasa, qui pourrait alors évoquer le calme qui succède au cataclysme.

 

 

Partie B

 

Elle s’étend de 2′ jusqu’à la fin.

La seconde partie est en fait très similaire à la première. Après nos parties épiques et minimalistes, nous reprenons donc le même schéma, afin de ne pas briser l’aspect cyclique du morceau. Le thème redémarre donc de plus belle avec une nouvelle partie épique, cette fois rehaussée par de nombreuses percussions à la rythmique plutôt rapide. Nous retrouvons notre ligne d’accompagnement électro, ainsi que le solo de harpe, cette fois accompagnée par de nombreux violons, dans le registre aigu de l’instrument. Le morceau mise donc une nouvelle fois sur l’aspect « progression » afin de maintenir l’auditeur sous-tension (comme nous avions pu le voir dans notre numéro consacré à la musique épique et progressive dans Inception). Nous entendons une nouvelle fois la quarte triton, le danger, la peur qu’apporte Aurelion Sol sur les hommes. Cette partie épique se verra donc prolongée par une phase plus calme d’une trentaine de secondes, comme dans notre première partie, sauf que cette fois, la harpe ne reprendra pas son chant, et que le morceau s’achèvera progressivement après un effet de glissé dans les graves, à 3’18. C’est ce même effet que nous observions au tout début de morceau, évoquant un souffle grave et menaçant, probablement celui du dragon Aurelion Sol, toujours omniprésent même dans une phase d’accalmie et de sérénité. Voici donc cette seconde partie en audio, suivie du thème d’Aurelion Sol en entier.

 

 

À bientôt dans un prochain numéro de la Boîte à Musique de Cleek !

 

A propos de l'auteur

Laurianne « Caduce » Angeon

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