La Boîte à Musique – Les musiques de films

 

Bonjour à tous et bienvenue dans le onzième numéro de votre chronique musicale sur Cleek. Vous l’aurez compris, il sera question ici de musique, et plus particulièrement des musiques qui ont bercé et qui continuent de bercer l’univers geek, qu’il s’agisse de jeux vidéo, de films ou d’animés. Le format de cette chronique pourra varier d’un numéro à l’autre selon les musiques qui vous seront proposées. Présentations, analyses, extraits de partitions seront autant d’éléments que vous pourrez retrouver dans la boîte à musique de Cleek.

Vous avez dû le remarquer : chez Cleek en ce moment, nous sommes très portés sur les sorties cinéma, et pour cause, car avec The Revenant, entre autres, nous nous sommes peu à peu hissés jusqu’à la date fatidique de la cérémonie des Oscars 2016. Pour marquer ce jour particulier dans l’univers du cinéma, nous centrerons ce numéro de la Boîte à Musique sur les bandes originales de films. Quelles sont leurs enjeux, leurs devoirs vis-à-vis du film qu’elles illustrent ? Tout cela, ainsi qu’une petite visite guidée dans le panthéon des plus grands compositeurs de musiques de film, vous permettra d’en connaître davantage sur le sujet. En route !

Les anciens numéros : Final FantasyGame of ThronesLeague of Legends 1 & 2Les musiques rétrosInceptionWorlds Collide Les musiques horrifiquesHunger Games – League of Legends : Jhin.

 

La musique de film : pourquoi et comment ?

 

Dans la sphère musicale actuelle, les musiques de film ont su, au cours des dernières décennies, provoquer un réel engouement auprès d’un public, au demeurant très exigeant. Si tout a commencé avec le film muet, souligné par une musique au piano, volontairement caricaturale, le moins que l’on puisse dire, c’est que la bande originale a beaucoup évolué depuis. Au départ, l’idée était de souligner à l’extrême les émotions et ressentis du protagoniste. Ce dernier, alors privé de parole, conférait à la musique une certaine responsabilité, jusqu’à lui attribuer un rôle à part entière. Petit à petit, la musique film s’est alors dessinée comme étant le « troisième personnage » dans un schéma triangulaire que forment le réalisateur, les acteurs, et le compositeur (ou encore plus récemment le réalisateur, le producteur et le compositeur), comme se plaisait à le souligner Federico Fellini. Aujourd’hui, nos acteurs sont doués du verbe, et la musique demeure toujours une clé majeure de l’action cinématographique. Si l’on se souvient parfois d’un thème musical marquant, comme cela peut être le cas avec des films comme Indiana Jones, Gladiator, Lauwrence d’Arabie et bien d’autres, le support musical reste omniprésent dans un film, marquant les scènes de grands moments sonores, mais aussi beaucoup plus discrètement, à tel point que l’on ne s’en rend parfois pas compte : c’est pourtant là que réside tout le génie d’une bande originale de film : souligner l’action, l’illustrer, l’appuyer, sans forcément accaparer l’attention du spectateur. Qu’il s’agisse de comédie, d’horreur ou de suspense, la musique oscille entre l’ombre et la lumière pour sublimer les autres pôles de l’équipe cinématographique. Faisons donc un rapide tour d’horizon sur les diverses fonctions de la musique au sein d’un film :

 

La musique d’ambiance ou extradiégétique

 

Le premier cas de figure, souvent le plus fréquent, et pourtant celui que l’on remarque le moins. Les musiques d’ambiance sont, comme le nom nous l’indique, en charge d’instaurer un certain climat sonore pour souligner une scène à l’atmosphère particulière. En contradiction avec la musique diégétique dont nous parlerons par la suite, la musique d’ambiance illustre, souligne sans jamais s’imposer, ce pourquoi on ne la remarque qu’en y prêtant une attention soutenue. Elle reste extérieure à la narration, tout en l’illustrant et pour cela, un ligne de basse, quelques accords ou quelques bruitages peuvent suffire. Le tout est de ne surtout pas surcharger la ligne musicale, afin qu’elle insuffle à l’action l’atmosphère adéquate, tout en restant épurée et minimaliste. Si l’ambiance se veut plus chargée ou plus anxiogène par contre, le son sera alors plus dense, plus chargé qu’à l’ordinaire. Pour ne pas prendre le pas sur la narration, la musique arbore alors des intervalles souvent dissonants et/ou éclatés, afin que l’oreille de l’auditeur ne soit pas accaparée par des fragments musicaux familiers ou « agréables » à entendre. La tension doit s’accroître, et comme pour d’autres ambiances, la musique doit alors constituer un moyen et non une fin en soi. C’est par exemple le cas pour Irréversible de Gaspard Noé, où l’on peut entendre, bien que difficilement, un son de basse quasi inaudible qui souligne toute la première demie-heure du film. Cet élément, à peine perceptible, contribue en fait à renforcer l’effet de malaise déjà provoqué par l’action de film, et a pour certains été jusqu’à leur donner la nausée. Un cas extrême de ce que peut donc faire la musique extradiégétique !

 

Quelques exemples :

 

 

 

La musique diégétique

 

La musique diégétique, à l’inverse de la musique extradiégétique, fait partie intégrante de la narration. Il peut s’agir de plusieurs choses, mais dans la majeure partie des cas, un son diégétique est un fragment musical qui peut être entendu par les personnages figurant dans l’action. Il peut s’agir d’une musique provenant d’une radio, d’un cri, d’un chant etc. Rien de très surprenant en fait, mais cela peut avoir une certaine importance selon le type de son utilisé. Une alarme d’intérieur par exemple constituerait un parfait exemple de son diégétique, et il induirait une réelle tension chez l’auditeur de par son caractère dangereux et strident. Ici encore, la musique n’est pas forcément facile à identifier par l’auditeur, puisqu’elle est incluse dans la scène regardée et dans la narration. Enfin dans d’autres cas, la musique diégétique peut s’avérer plus subtile, et refléter en fait les émotions d’un personnage, un peu comme le fera la bande originale d’un film muet, mais de manière beaucoup plus fine : cela se voit le plus souvent dans des émotions négatives, comme la folie, le désespoir ou la violence. On pénètre alors dans la psyché du personnage, et la musique serait en fait ce qui « se joue » dans l’esprit du protagoniste. L’immersion est alors totale, puisqu’on ne fait plus qu’un avec l’inconscient du personnage. On vit ses pensées les plus intimes, et l’on peut alors aller jusqu’à ressentir une réelle compassion ainsi qu’une empathie profonde pour la personne qui joue l’action.

 

 

Un exemple :

 

 

Les thèmes musicaux :

 

Il s’agit en fait du cadre le plus classique à nos yeux, puisque les thèmes musicaux sont en fait ceux dont on se souvient, parfois longtemps après le visionnage d’un film, jusqu’à devenir même des morceaux cultes, parfois complètement dissociables du film duquel ils sont issus, ou au contraire, de réels symboles pour ces derniers longs-métrages. Ici, point de place pour la dissonance, mais plutôt un réel parti pris pour des lignes musicales faciles et aussi agréables que marquantes à écouter. Le thème l’emporte parfois alors sur l’action et sur les personnages représentés, ce qui peut poser problème au réalisateur. La musique passe alors au premier plan, et ce n’est qu’en dehors du cinéma d’auteur que l’on retrouve cet engagement particulier : accepter que la musique prenne le devant, quitte à occulter l’aspect cinématographique lorsque cette dernière est trop « belle » pour simplement le sublimer. Enfin, nous vous en parlions lors du premier numéro de cette chronique sur Final Fantasy, les thèmes musicaux servent parfois de leitmotiv : la musique devient alors le thème d’un personnage en particulier, et son incrustation dans le film sert alors à marquer la scène de l’empreinte de ce personnage particulier.

 

Quelques exemples :

 

Les Pluies de Castamere est une chanson évoquant la force de la famille Lannister dans l’œuvre Game of Thrones.  Son arrivée dans diverses scènes de la série est donc des plus symboliques, comme c’est le cas lors des Noces Rouges.

 

 

 

Petit tour du propriétaire dans le panthéon des compositeurs

 

L’idée sera maintenant de vous présenter quelques grandes figures de la musique de film, sans pour autant en faire une liste exhaustive, ce qui serait, vous vous en doutez, un réel défi plus que subjectif. Ces quelques compositeurs et acteurs éminents de la scène musicale cinématographique ont donc su insuffler à « leurs » films une intention particulière qui fait que l’on se les rappelle, bien longtemps après.

 

Ennio Morricone

 

Un peu le Leonardo de la musique de film qui, du haut de ses 500 musiques de film et de ses 70 millions de disques vendus à travers le monde, n’a pourtant jamais reçu d’Oscar. Incroyable mais vrai donc, pour ce grand monsieur de l’OST, reconnu pour ses musiques typées western et suspense. Parmi les plus cultes (et encore, il serait difficile de toutes les lister), nous retrouvons Le Bon, La Brute et le Truand, Il était une fois dans l’Ouest, puis ensuite, des musiques plus orchestrales avec Le Professionnel, ou encore Les Incorruptibles. Dernièrement, c’est dans la bande-originale du film de Tarantino, Les Huit Salopards que nous le retrouvons, dans un thème faussement sombre et menaçant, à l’image de ce film pastiche. À noter qu’une récompense lui sera bientôt décernée, non pas pour une œuvre en particulier, mais bel et bien pour l’immense carrière menée par le compositeur.

 

Le choix de Cleek :

 

 

Hans Zimmer

 

Sans doute LE nom qui arrive en tête des classements lorsque l’on pense à un compositeur de musiques de film. Bien que mondialement reconnu pour de nombreuses OST, Hans Zimmer surfe sur un vent de polémique qui divise ses adeptes des musiciens et compositeurs plus « intellectuels », accusant ce dernier d’employer des recettes « faciles » pour composer ces musiques. Si en effet Hans Zimmer emploie le plus souvent une grille d’accords assez simpliste, son génie musical réside toutefois dans la construction de ses morceaux, et dans les progressions qui nivellent ses thèmes, les rendant souvent épiques et mémorables. Parmi elles, nous retrouvons les bandes-originales de Gladiator, Da Vinci Code, Le Roi Lion, Pirates des Caraïbes, la trilogie Batman de Nolan, Inception ou encore Interstellar (oui, on dirait que Nolan n’en a pas fini avec lui…). Un nom incontournable de la musique de film qui, du haut de ses huit Oscars, se place au sommet de ce panthéon des compositeurs de musiques de film.

 

Le choix de Cleek :

 

 

James Newton Howard

 

Un nom sans doute plus effacé que le compositeur précédent, et pourtant, une figure éminente dans le monde des OST. Avec un style très orchestral et consonant, James Newton Howard habille ses films de mélodies mémorables, mélancoliques et poétiques. C’est au travers de films tels que la saga Hunger Games, Green Lantern ou Je suis une Légende que l’on se souvient de lui, sans oublier ses nombreuses contributions au cinéma de M. Night Shyamalan, qui a fait de lui son compositeur fétiche, au travers d’œuvres telles que Phénomènes, Le Village, After Earth, ou encore  The Visit.

 

Le choix de Cleek (et sans doute le plus gros coup de cœur de cet article, qui regroupe à la fois musique d’ambiance, musique diégétique, et thème musical) :

 

 

John Williams

 

Je pense qu’il n’est pas nécessaire de faire les présentations. Là encore, ce grand monsieur de la musique de film a su marquer les esprits par des thèmes orchestraux et mélodieux plus que mémorables. De E.T en passant par Indiana Jones, Star Wars, Harry Potter ou La Liste de Schindler, John Williams a su, par ses mélodies épiques et marquantes, devenir le maître du leitmotiv (enfin, après Wagner tout de même, et dans un autre registre) avec par exemple les thèmes d’Indiana Jones, Harry Potter, sans oublier notre petit préféré…

 

Le choix de Cleek :

 

 

Clint Mansell

 

Si le nom ne vous est pas familier, sachez pourtant que vous connaissez à coup sûr l’œuvre la plus emblématique de ce compositeur, Lux Aeterna, le titre phare du film Requiem for a Dream. Avec ce seul morceau, Clint Mansell a d’ores et déjà gagné sa place dans le panthéon des compositeurs de musiques de film, puisque ce thème, tout le monde le connaît, et la majorité d’entre nous l’adorons. Clint Mansell est ainsi, entre autres, le compositeur-star du réalisateur Darren Aronofsky, au travers de films tels que Pi, Black Swan, Noé ou encore The Fountain. Fervent adepte du style minimaliste, Clint Mansell illustre ses musiques par de petites cellules mélodiques répétées, amplifiées et sublimées par de somptueuses progressions mélodiques. Nous lui avions d’ailleurs consacré un article, il y a maintenant plus d’un an, que vous pouvez retrouver ici.

 

Le choix de Cleek :

 

https://www.youtube.com/watch?v=LD0peaRjS1E

 

Alexandre Desplat

 

Un patronyme en apparence méconnu, mais qui a marqué pourtant de nombreux films actuels. Si les musiques d’Alexandre Desplat ne transcendent pas l’oreille par une inventivité hors du commun, le travail reste pourtant bien fait et exemplaire quand il s’agit de livrer une prestation propre et soignée, toute en nuances et en finesse. Invincible, Zero Dark Thirty, Philomena, The Ghost Writer, The Grand Budapest Hotel ou The Danish Girl sont certaines de ses réalisations.

 

Le choix de Cleek :

 

 

 

Voici pour ce petit, et très bref tour d’horizon de la scène des musiques de films. Pour cette année, et cette 88e cérémonie des Oscars, nous retrouverons en compétition :

 

 

Lequel d’entre eux remportera le précieux trophée ? Et pour vous, quelles sont les principales qualités d’une musique de film ? Quelle est votre préférée ? À bientôt dans un prochain numéro de la Boîte à Musique de Cleek !

 

A propos de l'auteur

Laurianne « Caduce » Angeon

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